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samedi 3 mars 2018

Paroles cachées, nouvelle traduction provisoire

Gabriel Garcia Marquez remarquait : « L’activité de traduction est la plus difficile, la plus ingrate et la moins bien payée… » et j'ajouterai : c'est une activité sans fin. 
     Je viens de passer deux bons mois sur ce texte mystique de Bahá'u'lláh et, après de nombreuses lectures d'autres textes, méditations sur les différentes traductions disponibles, nombreuses lectures et relectures du texte de Shoghi Effendi, consultations d'amis éclairés et éclairants, voici le résultat de mon travail. 
n'hésitez pas à me signaler les problèmes et les erreurs !
Bonne lecture.



contact : pierre.spierckel@orange.fr

À lire avec différentes applications dont, sur ordinateur, Adobe Digital Editions (gratuite).




mardi 28 novembre 2017

La démocratie, nouvel ordre mondial ?

Disponible au format ePub à l'adresse suivante :

pierre.spierckel@orange.fr

« Érudit interdisciplinaire, Michael Karlberg enseigne à l’université Western Washington dans les domaines médiatiques, culturels et du débat public. Son programme de recherche est une étude critique des hypothèses sur lesquelles repose la civilisation occidentale, et notamment les conceptions courantes de la nature humaine, du pouvoir, de l’organisation sociale et des transformations sociétales. Il est souvent invité à présenter son livre Beyond the culture of Contest (http://alturl.com/ccszn).

Il collabore avec de plus en plus de scientifiques qui étudient le concept de  Résilience constructive, un moyen non conflictuel de surmonter l’injustice et l’oppression. Il prépare aussi un ouvrage sur le problème du relativisme des principes dans un monde interdépendant. Dans le texte qui suit, le professeur Michael Karlberg pose la question de savoir si, en cette époque d’interdépendance mondiale de plus en plus étroite, le modèle occidental de démocratie est la manière naturelle et inévitable d’organiser des sociétés libres et éclairées. »



dimanche 14 juin 2015

Preuves bahá'íes tirées du Coran

Parce qu'un jeune homme m'a posé, par internet, des questions sur le rapport entre la religion bahá'íe et l'islam, j'ai traduit et adapté une brochure anglaise qui répond un peu à la question. Vous pouvez l'obtenir au choix, format PDF ou ePub. Merci de m'indiquer les erreurs toujours possibles :




contactez : pierre.spierckel@orange.fr


samedi 28 décembre 2013

La politique, le pouvoir…

Le conseil qui dirige au niveau mondial le monde bahá'í a écrit au début de l'an 2013 une lettre aux bahá'ís d'Iran dans laquelle est expliquée la position bahá'íe sur la politique, la notion de pouvoir et le travail qu'accomplissent dans le monde entier les communautés bahá'íes. 


La Maison universelle de justice
Haïfa le 2 mars 2013
(traduction Pierre Spierckel)


Aux bahá’ís d’Iran.
Amis chèrement aimés
Depuis maintenant plus de trente ans, vague après vague, une persécution d’intensité variable s’abat sur votre communauté si éprouvée mais si vaillante. Cette campagne de persécution n’est que la dernière en date d’une série commencée il y a cent soixante ans. Pourtant, contrairement aux attentes de ceux qui s’acharnent à saper la force de la communauté des disciples de Bahá’u’llah dans son pays natal, leurs machinations n’ont finalement servi qu’à renforcer ses fondations et à fortifier ses rangs. Non seulement de plus en plus de vos compatriotes, eux-mêmes victimes d’oppression, découvrent la longue série d’injustices perpétrées contre des bahá’ís depuis des années, mais ils reconnaissent que votre attitude constante et désintéressée au service de la société est une force de changement constructif. La sympathie à votre égard s’accroît comme s’accroissent les voix qui appellent à la suppression des obstacles qui vous empêchent de participer à la vie de la société dans toutes ses dimensions. Il n’est donc pas surprenant que les questions concernant l’attitude des bahá’ís envers les activités politiques prennent une grande importance aux yeux de vos concitoyens.

À cet égard, la position dans laquelle s’est historiquement trouvée la communauté bahá’íe est très inhabituelle. D’une part, elle a été accusée à tort d’avoir des motivations politiques, d’être en lutte contre le régime en place, d’être un agent de n’importe quelle puissance étrangère qui convenait à l’accusateur ; d’autre part, le refus sans compromis des membres de la communauté de participer aux activités politiques partisanes a été décrit comme un manque d’intérêt pour les affaires du peuple iranien. Maintenant que les intentions véritables de vos oppresseurs sont claires aux yeux de tous, il vous revient de répondre au désir croissant qu’ont vos compatriotes de comprendre la position bahá’íe envers la politique pour éviter que des idées fausses affaiblissent les liens d’amitié que vous tissez avec tant de gens. Ils méritent, sur cette question, un peu plus que quelques citations, aussi importantes soient-elles, évoquant des notions d’amour et d’unité. Pour vous aider à leur faire comprendre sur quoi se base l’approche bahá’íe de ce sujet nous vous proposons les commentaires qui suivent.

On ne peut séparer le point de vue bahá’í sur la politique de la conception bahá’íe particulière de l’histoire, de son développement et de sa course. C’est la conviction profonde de tout disciple de Bahá’u’lláh que l’humanité est proche du couronnement d’un processus commencé il y a des milliers d’années, qui l’a mené collectivement de son enfance au seuil de sa maturité et qui verra l’unification du genre humain. De même qu’un individu traverse la période perturbée, mais prometteuse, de l’adolescence, au cours de laquelle des prédispositions et des capacités jusque-là latentes se manifestent, de même l’humanité dans son ensemble est au cœur d’une transition sans précédent. Les turbulences et les commotions de la vie contemporaine cachent les soubresauts d’une humanité luttant pour arriver à l’âge adulte. Les pratiques et les conventions séculaires, les coutumes et les habitudes les plus chères deviennent, l’une après l’autre, obsolètes à mesure que les impératifs de la maturité s’affirment.

Dans les changements révolutionnaires qui affectent chaque sphère de la vie, les bahá’ís sont encouragés à voir l’interaction de deux processus fondamentaux. L’un, destructif par nature et l’autre intégratif, tous les deux participant, chacun à a manière, à l’avancée de l’humanité sur la voie qui mène à sa pleine maturité. Les œuvres du premier sont partout apparentes : dans les vicissitudes qui affectent des institutions séculaires, dans l’impuissance des dirigeants, à tous les niveaux, à soigner les fractures qui apparaissent dans la structure de la société, dans le démantèlement de normes sociales qui pendant longtemps refrénèrent des passions inconvenantes et dans l’abattement et l’indifférence que manifestent non seulement des individus mais aussi des sociétés entières ayant perdu tout sentiment vital d’avoir un but. Malgré leurs effets dévastateurs, ces forces de désintégration tendent à balayer les barrières qui freinent le progrès de l’humanité en permettant au processus d’intégration de rassembler divers groupes et en dévoilant de nouvelles opportunités de coopération et de collaboration. À l’évidence, les bahá’ís s’efforcent de s’aligner, individuellement et collectivement, sur les forces associées au processus d’intégration, confiants que ce dernier continuera à se renforcer, aussi sombres que soit le proche horizon. Les affaires humaines seront complètement réorganisées et une ère de paix universelle sera inaugurée.

Telle est la vision de l’histoire qui sous-tend les efforts entrepris par la communauté bahá’íe.

Comme l’étude des textes bahá’ís vous l’apprend, le principe qui devra imprégner toutes les facettes de la vie organisée sur cette planète est l’unité de l’humanité, signe distinctif de sa maturité. Que tous les êtres humains ne forment qu’un seul peuple est une vérité qui, vue autrefois avec scepticisme, est de plus en plus acceptée aujourd’hui. Le rejet de préjugés profondément enracinés et le sentiment croissant d’être des citoyens du monde sont des signes de cette conscience accrue. Pourtant, aussi prometteur que soit le progrès de cette conscience collective, elle ne devrait être considérée que comme la première étape d’un processus qui mettra des décennies, sinon des siècles, à se développer. Car le principe de l’unité de l’humanité tel que l’a proclamé Bahá’u’lláh n’appelle pas seulement à une coopération entre les peuples et les nations, il exige de reconceptualiser complètement les relations qui structurent la société. La crise environnementale qui s’aggrave, poussée par un système qui encourage le pillage des ressources naturelles pour satisfaire la soif insatiable du toujours plus, illustre à quel point la conception présente de la relation des hommes avec la nature est profondément inadaptée. La dégradation de l’environnement familial, accompagnée de l’aggravation de l’exploitation systématique et mondiale des femmes et des enfants, illustre clairement à quel point des notions absurdes, qui définissent les relations familiales, sont répandues. La persistance du despotisme d’une part et, d’autre part, le rejet croissant de l’autorité, révèle, aux yeux d’une humanité mature, l’état déplorable des relations actuelles entre un individu et les institutions de la société. La concentration de la richesse mondiale entre les mains d’une minorité dénote la mauvaise conception fondamentale des relations qui existent entre les nombreux secteurs de ce qui est aujourd’hui une communauté mondiale émergente. Ainsi, le principe de l’unité de l’humanité implique une transformation organique de la structure même de la société.

Soyons clairs : les bahá’ís ne croient pas que la transformation ainsi envisagée se fera que par leurs seuls efforts. Ils n’essaient pas non plus de créer un mouvement qui chercherait à imposer à la société leur vision du futur. Chaque nation et chaque groupe, chaque individu en fait, contribueront plus ou moins activement, à l’émergence de la civilisation mondiale vers laquelle l’humanité se dirige irrésistiblement. Comme l’a prévu ‘Ábdu’l-Bahá, l’unité se réalisera progressivement dans les différents domaines de l’existence : unité dans le domaine politique, unité dans les entreprises mondiales, unité des races et unité des nations, par exemple. Au fur et à mesure que ces domaines seront unifiés, les structures d’un monde uni politiquement, qui respectera toute la diversité des cultures et offrira des voies pour l’expression de la dignité et de l’honneur des gens, prendront graduellement forme.

Alors que ses ressources humaines augmentent, ce qui préoccupe maintenant la communauté bahá’íe à travers le monde, c’est de savoir comment elle peut contribuer du mieux possible à ce développement progressif de la civilisation. Deux composantes à sa contribution s’offrent à elle, la première en rapport avec sa croissance et son développement propres et la seconde en rapport avec son implication dans la société au sens large.

Dans la première, les bahá’ís s’efforcent d’établir dans le monde entier, aux postes les plus modestes, un ensemble d’activités (ainsi que les structures administratives correspondantes) qui incarne le principe de l’unité de l’humanité ainsi que les convictions qui l’étayent, dont quelques-unes seront mentionnées ici à titre d’exemples : L’âme rationnelle n’a ni genre, ni race, elle ne connaît ni ethnie, ni classe, ce qui rend intolérable tout préjugé, le moindre n’étant pas celui qui empêche les femmes de réaliser leur potentiel et de s’engager, au coude à coude avec les hommes, dans différents domaines d’activité. L’origine des préjugés est l’ignorance qui peut être éliminée par des programmes éducatifs qui mettront la connaissance à la portée de tous en sorte qu’elle ne devienne pas la propriété de quelques privilégiés. La science et la religion sont complémentaires, deux systèmes de connaissance et de méthode par lesquels les êtres humains en viennent à comprendre le monde qui les entoure et par lesquels la civilisation progresse ; la religion sans la science dégénère rapidement en superstition et fanatisme tandis que la science sans la religion devient l’instrument d’un matérialisme grossier. La vraie prospérité, qui serait le fruit d’une cohérence dynamique entre les exigences matérielles et spirituelles de la vie, nous restera inaccessible aussi longtemps que l’esprit de consommation continuera à agir comme l’opium de l’âme humaine. La justice, cette faculté de l’âme, permet à l’individu de distinguer entre la vérité et l’erreur et le guide dans cette étude de la réalité si essentielle si l’on veut que les superstitions et les traditions dépassées, obstacles à l’unité, soient éradiquées. La justice, utilisée de manière pertinente dans les questions sociales, est le meilleur instrument pour établir l’unité. Le travail accomplit dans l’esprit de servir ses semblables est une forme de prière, un moyen d’adorer Dieu… Il est certain que traduire de tels idéaux dans la réalité, transformer l’individu et poser les bases de structures sociales qui soient adaptées n’est pas une mince tâche. Pourtant, la communauté bahá’íe se consacre au processus d’apprentissage à long terme que cette tâche implique, une entreprise à laquelle un nombre croissant de personnes de tous milieux, appartenant à tous les groupes humains, est invité à prendre part.

Nombreuses, assurément, sont les questions auxquelles ce processus d’apprentissage, en cours dans toutes les régions du globe, doit répondre : Comment réunir des gens d’origines différentes dans un environnement qui, exempt de la menace constante des conflits et caractérisé par sa nature spirituelle, les encourage à rejeter les mentalités partisanes, sources de discorde, favorise des degrés supérieurs d’unité de pensée et d’action et suscite une participation sans réserve ? Comment administrer les affaires d’une communauté sans classe dirigeante à fonction sacerdotale prétendant à des distinctions ou à des privilèges ? Comment permettre à des groupes entiers d’hommes et de femmes de se libérer des entraves de la passivité et des chaînes de l’oppression pour s’engager dans des activités qui conduiront à leur épanouissement spirituel, social et intellectuel ? Comment aider les jeunes à s’orienter, à cette étape cruciale de leur vie, et les rendre capables de diriger leur énergie vers le progrès de la civilisation ? Comment créer, dans l’unité familiale, une dynamique qui conduira à sa prospérité matérielle et spirituelle sans insuffler dans les générations montantes le sentiment d’être supérieurs à un autre imaginaire, ni alimenter la tendance à exploiter ceux qu’on aurait relégués dans cette catégorie ? Comment faire en sorte qu’une prise de décision bénéficie d’une diversité de points de vue grâce à un processus consultatif qui, entendu comme étant une recherche collective de la réalité, encourage le détachement des opinions personnelles, accorde de l’importance aux informations empiriques concernées par la question à l’étude, ne place pas une simple opinion au même niveau qu’un fait et ne définit pas la vérité comme un compromis entre des groupes d’intérêts opposés ?… Pour examiner ces questions et toutes les autres qui ne manqueront pas de surgir, la communauté bahá’íe a adopté un mode opératif caractérisé par l’action, la réflexion, la consultation en commun et l’étude, une étude qui implique non seulement une référence constante aux Écrits bahá’ís mais aussi une analyse scientifique des tendances à mesure qu’elles apparaissent. Effectivement, comment maintenir un tel mode d’apprentissage dans l’action, comment s’assurer qu’un nombre croissant participe à la création et à l’application des connaissances utiles et comment concevoir des structures pour systématiser cette expérience mondiale croissante et diffuser équitablement les enseignements appris, de tels problèmes sont eux-mêmes régulièrement l’objet de réflexion.

L’orientation générale que prend le processus d’apprentissage que la communauté bahá’íe poursuit est définie par une série de plans mondiaux dont les termes sont établis par la Maison universelle de justice. Le mot d’ordre général de ces plans étant le développement des capacités, ils visent à permettre aux protagonistes de ces efforts collectifs de consolider la fondation spirituelle des villages et des quartiers, de répondre à certains de leurs besoins sociaux et économiques et de prendre part aux interrogations qui animent la société tout en maintenant la cohérence nécessaire dans les méthodes et les approches.

La question de la nature des relations qui lient l’individu, la communauté et les institutions de la société – tous acteurs sur la scène de l’histoire qui ont été de tout temps victimes de la lutte pour le pouvoir – est au cœur de ce processus d’apprentissage. Dans ce contexte, le présupposé que leurs relations se conformeront inévitablement aux diktats de la compétition (notion qui ignore le potentiel extraordinaire de l’esprit humain) est rejeté en faveur de la prémisse plus admissible que leurs interactions harmonieuses favoriseront une civilisation en accord avec une humanité mature. Ce qui inspire les efforts bahá’ís pour découvrir la nature des relations nouvelles entre ces trois protagonistes c’est la vision d’une société future qui tire son inspiration de l’analogie exposée par Bahá’u’lláh dans une Tablette révélée il y a cent cinquante ans dans laquelle il compare le monde au corps humain. Le principe qui permet le fonctionnement de ce système c’est la coopération. De même que l’apparence de l’âme rationnelle dans ce monde de l’existence est rendue possible grâce à la complexe association d’innombrables cellules, dont l’organisation en tissus et en organes divers permet la réalisation de fonctions distinctes, la civilisation peut être vue comme le résultat d’un ensemble d’interactions entre composants variés et étroitement intégrés qui transcendent l’objectif limité de se préoccuper de leur seule existence. De même que la viabilité de chaque cellule et de chaque organe dépend de la santé du corps dans son ensemble, de même la prospérité de chaque individu, de chaque famille, de chaque peuple devrait se trouver dans le bien-être de tout le genre humain. Conformément à cette vision, les institutions, conscientes de la nécessité d’une action coordonnée orientée vers des objectifs fructueux, n’ont pas pour but de contrôler mais de soutenir et de guider l’individu qui, en retour, accepte volontiers leurs directives, non par obéissance aveugle, mais avec une foi fondée sur une connaissance consciente. La communauté, quant à elle, relève le défi de maintenir en place un environnement dans lequel l’individu, qui veut exercer sa libre expression avec responsabilité en accord avec le bien commun et les plans des institutions, multiplie ses capacités dans le cadre d’une action unifiée.

Pour que le réseau de relations auquel nous faisons allusion ci-dessus prenne forme et donne naissance à un style de vie caractérisé par son adhésion au principe de l’unité de l’humanité, il faut analyser soigneusement certains concepts fondamentaux, le plus important étant le concept de pouvoir. Il est évident qu’il faille abandonner le concept de pouvoir en tant qu’instrument de domination et ses notions concomitantes de compétition, de lutte, de division et de sentiment de supériorité. Il ne s’agit pas de récuser l’usage du pouvoir car, après tout, même dans les situations où les institutions de la société reçoivent leur mandat du peuple, le pouvoir participe à l’exercice de l’autorité. Mais les activités politiques, comme toutes les activités vitales, devraient être influencées par les pouvoirs de l’esprit humain que la foi bahá’íe – et en l’occurrence, toutes les grandes traditions religieuses apparues au cours des âges – souhaite solliciter : le pouvoir de l’unité, le pouvoir de l’amour, le pouvoir de l’humilité dans le service, le pouvoir du détachement dans l’action. Au mot pouvoir compris dans ce sens on rattache des verbes comme libère, encourage, canalise, guide et permet. Le pouvoir n’est pas une entité finie qui doit être saisie et jalousement gardée. C’est un moyen illimité de transformation que possède le genre humain dans son ensemble.

La communauté bahá’íe admet volontiers qu’elle a encore un long chemin à parcourir avant que son expérience, en s’approfondissant, produise un aperçu du fonctionnement de l’ensemble des interactions souhaitées. Elle ne prétend pas à la perfection. Défendre de grands idéaux et en être l’incarnation sont deux choses différentes. D’innombrables défis nous attendent et il nous reste beaucoup à apprendre. Un observateur superficiel pourrait très bien qualifier les efforts de notre communauté à surmonter ces défis d’idéalistes. Néanmoins il serait injustifié de décrire les bahá’ís comme indifférents aux affaires de leur nation et encore plus comme de mauvais patriotes. Aussi idéalistes que les efforts bahá’ís puissent sembler à certains, on ne peut ignorer leur préoccupation profonde pour le bien de l’humanité. Et dans la mesure où, dans le monde, aucune organisation sociale ne semble capable de sortir l’humanité du bourbier des conflits et des luttes et de garantir son bonheur, pourquoi un gouvernement s’opposerait-il aux efforts de gens qui cherchent à approfondir leur compréhension de la nature de ces relations essentielles inhérentes au futur commun vers lequel le genre humain est inexorablement entraîné ? Quel mal y a-t-il à cela ?

C’est dans le cadre tracé par les idées ci-dessus qu’il est maintenant possible d’envisager la seconde dimension des efforts de la communauté bahá’íe pour contribuer au progrès de la civilisation : son implication dans la société. Il est évident que ce que les bahá’´is considèrent comme un aspect de leur contribution ne peut contredire l’autre. Ils ne peuvent chercher à établir des schémas de pensées et d’actions qui expriment l’unité à l’intérieur de leur communauté tout en s’engageant, dans un autre contexte, dans des activités qui d’une manière ou d’une autre renforcerait une vision complètement différente de la vie sociale. C’est pour éviter cette dichotomie que, sur la base des enseignements de la Foi, la communauté bahá’íe a progressivement affiné le caractère de sa participation à la vie de la société. Avant tout, en tant qu’individu comme en tant que communauté, les bahá’ís s’efforcent de mettre en pratique les enseignements de Bahá’u’lláh : Ceux qui sont sincères et loyaux devraient s’associer dans la joie et l’allégresse à tous les peuples du monde puisque cette fréquentation contribue toujours à l’unité et à l’harmonie, qui à leur tour mènent au maintien de l’ordre dans le monde et à la renaissance des nations. Abdu’l-Bahá explique : C’est par association et rencontres qu’on connaît le bonheur et le développement individuel et collectif, Dans le même esprit, il a écrit : Tout ce qui résulte en association, attirance et unité parmi les enfants des hommes donne vie au monde des hommes et tout ce qui cause la division, la répulsion et l’éloignement conduit à la mort de l’humanité. Même en ce qui concerne la religion, il est clairement dit qu’elle doit être cause d’amour et d’amitié. Si la religion devient cause de conflit et d’inimitié son absence est préférable. C’est pourquoi les bahá’ís font leur possible pour toujours appliquer le conseil de Bahá’u’lláh : Fermez vos yeux à ce qui éloigne et concentrez-vous sur l’unité. Il affirme à ses disciples : Un vrai homme est celui qui, aujourd’hui, se consacre au service de tout le genre humain. Il conseille : Soyez expressément concernés par les besoins de l’âge dans lequel vous vivez, et Concentrez vos délibérations sur ses exigences et ses besoins. ‘Abdu’l-Bahá rajoute : L’humanité à besoin à un degré suprême de coopération et de réciprocité. Ailleurs il dit : Plus forts sont les liens de camaraderie et de solidarité entre les hommes et plus grand sera la capacité de construire et d’accomplir dans tous les domaines de l’activité humaine. Enfin Bahá’u’lláh affirme : Si puissante est la lumière de l’unité qu’elle peut illuminer la terre entière.

C’est avec de telles idées en tête que les bahá’´is collaborent, selon leurs moyens, avec un nombre croissant de mouvements, d’organisations, de groupes et d’individus, créant des partenariats qui s’efforcent de transformer la société, de favoriser la cause de l’unité, de promouvoir le bien-être humain et de contribuer à une solidarité mondiale. Les critères établis par les passages ci-dessus inspirent la communauté bahá’íe à s’engager activement dans le plus possible d’aspects de la vie contemporaine. En choisissant les domaines de collaboration où ils veulent s’impliquer les bahá’ís gardent à l’esprit le principe, enchâssé dans leurs enseignements, que les moyens doivent être en accord avec la fin ; de nobles buts ne peuvent être atteints par des moyens indignes. Plus précisément, on ne peut construire une unité durable par des actes qui impliquent des conflits ou en étant convaincu qu’un conflit d’intérêts, aussi subtil soit-il est sous-jacent à toute interaction humaine. Il faut d’ailleurs remarquer qu’en dépit des limitations que l’adhérence à ce principe impose, la communauté bahá’íe n’a pas manqué de projets de collaboration, si nombreux dans le monde aujourd’hui sont les gens qui travaillent activement vers des buts que partagent les bahá’ís. Ce faisant, ils prennent soin de ne pas dépasser certaines limites dans leurs rapports avec leurs associés et collègues ; ils ne doivent jamais envisager une entreprise commune comme une occasion d’imposer leurs convictions religieuses. L’hypocrisie, comme tant d’autres manifestations regrettables de zèle religieux, doit être absolument évitée. Cela dit, les bahá’ís proposent volontiers à leurs collaborateurs les leçons qu’ils ont apprises par leurs expériences propres, comme ils sont heureux d’incorporer dans leurs efforts de construction communautaire les idées découvertes au cours de leurs collaborations.

Ce qui nous amène enfin à la question précise de l’activité politique. Les éléments essentiels du cadre de pensée qui conditionne l’approche bahá’í de la politique sont notamment :
– La conviction de la communauté bahá’íe que l’humanité, ayant franchi les étapes antérieures de l’évolution sociale, se tient au seuil de sa maturité collective.
– Sa certitude que le principe de l’unité de l’humanité, signe distinctif de l’âge de maturité, implique un changement dans la structure même de la société.
– Son approfondissement d’un processus d’apprentissage qui, animé par ce principe, explore le fonctionnement d’un ensemble de nouvelles relations entre individus, communauté et institutions de cette communauté qui sont les trois protagonistes du progrès de la civilisation.
– Sa confiance qu’une conception revue du pouvoir, dégagée de la notion de domination et de ses idées de compétition, de conflits, de division et de supériorité, est à la base des relations souhaitées.
– Sa fidélité à la vision d’un monde qui, enrichi par la diversité culturelle de l’humanité, n’accepte aucune frontière.

Les bahá’ís ne cherchent pas le pouvoir politique. S’ils n’acceptent aucun poste politique dans leur gouvernement respectif, quel que soit le système politique en place, ils acceptent des fonctions purement administratives. Ils ne s’affilient à aucun parti politique, ne s’impliquent dans aucune question partisane, ne participent à aucun programme lié aux projets d’un groupe ou d’une faction qui sème la discorde. En même temps, les bahá’ís respectent ceux qui, dans un désir sincère de servir leur pays, choisissent de poursuivre une vocation politique ou s’engagent dans des activités politiques. Cette position de non-ingérence dans de telles activités adoptées par la communauté bahá’íe ne constitue pas l’affirmation d’une objection fondamentale à la politique au sens vrai du terme ; de fait, c’est par le moyen de ses affaires politiques que l’humanité s’organise. Les bahá’ís votent dans les élections tant qu’ils ne sont pas obligés de s’identifier avec un parti pour le faire. Pour eux, le gouvernement est un système qui doit garantir le bien-être et le progrès ordonné de la société et ils s’engagent, tous sans exception, à observer les lois du pays dans lequel ils résident, sans permettre pourtant que leurs croyances religieuses profondes soient bafouées. Les bahá’ís ne seront complices d’aucune tentative de coup d’état et n’interféreront jamais dans les relations politiques entre les gouvernements de différentes nations. Cela ne signifie pas qu’ils sont naïfs à propos des processus politiques à l’œuvre dans le monde aujourd’hui et qu’ils ne font pas la différence entre lois justes et lois tyranniques. Les dirigeants du monde ont des obligations sacrées envers leur peuple qui doit être considéré comme le trésor le plus précieux d’une nation. Où qu’ils résident les bahá’ís s’efforcent de soutenir les normes de la justice, essayant de résoudre les injustices dont ils souffrent, eux-mêmes ou d’autres, mais par les seuls moyens légaux dont ils disposent, rejetant toute protestation violente. Enfin, l’amour qu’ils portent à l’humanité ne s’oppose pas au sens du devoir envers leurs pays respectifs qu’ils servent avec constance.

Dans un monde où les nations et les peuples sont dressés les uns contre les autres, où les gens sont divisés et séparés par des structures sociales, cette approche, cette stratégie si l’on préfère, basée sur la simple liste de paramètres présentés précédemment, permet à la communauté bahá’íe de garder sa cohésion et son intégrité d’entité mondiale et de s’assurer que les activités des bahá’´is dans un pays ne mettent pas en péril l’existence de bahá’ís dans un autre. À l’abri des intérêts contradictoires des nations et des partis politiques, la communauté bahá’íe est ainsi en mesure de développer sa capacité à contribuer aux processus qui favorisent la paix et l’unité.

Chers amis, nous sommes bien conscients que fouler ce sentier, comme vous le faites si efficacement depuis des décennies, n’est pas sans défis. Cela demande une intégrité intraitable, une rectitude de conduite inébranlable, une clarté d’esprit pénétrante et un amour inflexible de son pays. Maintenant que vos concitoyens comprennent la gravité de votre situation et que de nouvelles occasions de participer davantage à la vie de la société s’offriront sans aucun doute à vous, nous prions pour qu’avec l’assistance divine vous expliquiez à vos amis et à vos compatriotes le cadre de pensée clairement décrit dans ces lignes afin qu’en collaborant avec eux vous trouviez des occasions toujours plus nombreuses d’œuvrer pour le bien de votre peuple sans compromettre, d’aucune façon, votre identité en tant que disciples de Celui qui, il y a plus d’un siècle, a appelé l’humanité à un nouvel ordre mondial.

signé : la Maison universelle de justice
























dimanche 6 mai 2012

Un paysage sans soleil




Je viens de traduire et de publier un autre texte encore de Ian Kluge, philosophe et bahá'í canadien, dont les sujets me paraissent toujours d'actualité. Alors que l'athéisme devient de plus en plus à la mode, ce qu'on peut comprendre en lisant les nouvelles du monde, même s'il me semble qu'on mélange un peu vite et un peu trop « religion » et « cléricalisme ». Dans cet ouvrage : Un paysage sans soleil, Ian Kluge répond à Sam Harris, une des têtes pensantes des nouveaux athées américains, qui dans son livre paru en 2010,  A Moral landscape veut prouver qu'on peut se passer de religion pour fonder une éthique et une morale.
  Ian Kluge reprend les arguments de Harris pour démontrer leurs faiblesses et s’inspire des écrits bahá’ís pour établir l’impossibilité intrinsèque de baser sur la seule science les fondements d’une éthique pour tous.
   Un ouvrage qui mérite un succès équivalent à ceux auxquels il répond !
Disponible à la Librairie baha'ie de France : 
https://www.librairie-bahaie.fr/

jeudi 3 septembre 2009

Au-delà du monothéisme - parution

Vient de paraître aux éditions l'Harmattan, « Au-delà du monothéisme - la religion bahá'íe » du Dr Moojan Momen que j'ai eu le plaisir de traduire en français. Une lecture recommandée à tous ceux qui croient que monothéisme et fanatisme sont toujours synonymes.
La couverture :

La quatrième de couverture :

Les religions révélées monothéistes sont considérées par beaucoup comme la source de la violence religieuse dans le monde. Croire en un dieu unique c'est croire qu'il est le seul vrai. En conséquence, c'est croire que les autres sont faux.
L'auteur montre qu'une religion révélée monothéiste, la foi baha'ie, en poussant jusqu'au bout la logique de cette affirmation : Dieu est inconnaissable dans son essence, arrive à créer un champ de tolérance et d'acceptation de la diversité des pensées et des opinions trouvé rarement ailleurs.
Ainsi, l'important ne serait pas ce que l'on croit mais comment on croit.
Née en Perse en 1844, la religon bahá’íe s’est épanouie au long du vingtième siècle jusqu’à compter aujourd’hui des disciples dans tous les pays. Elle se présente comme l’accomplissement des promesses eschatologiques des révélations qui l’ont précédée. Évitant le piège du syncrétisme, elle sait réunir des croyances apparemment contradictoires par un retour au spirituel dans un cadre de pensée qu’on peut résumer ainsi : unité dans la diversité. Elle affirme l’indépendance pour chacun dans la recherche de la vérité et condamne toutes les formes de superstitions et de préjugés. Elle soutient que le but de la religion est de favoriser l’harmonie et la concorde et qu’elle ne saurait s’opposer à la science. Elle préconise le principe d’égalité des droits et des privilèges pour les deux sexes et l’instruction obligatoire. Elle recommande l’abolition des extrêmes de la pauvreté et de la richesse et voit le travail accompli dans un esprit de service comme un acte d’adoration. Elle prône l’adoption d’une langue auxiliaire internationale et prévoit les organisations nécessaires à l’établissement et à la préservation d’une paix permanente et universelle.


Le professeur Moojan Momen est l'auteur de nombreux ouvrages dont : Introduction to Shi'i Islam (Yale University Press, 1985), The Babi and the Baha'i Faiths 1844-1944 : Some Contemporary Western Accounts (George Ronald, Oxford, 1982), The Phenomena of Religion (OneWorld, Oxford, 1999) et contribue régulièrement à des revues académiques : Encyclopedia Iranica, Encyclopedia of the Modern Islamic World, International Journal of Middle Eastern Studies, Past and Present.

Bonne lecture !

lundi 16 février 2009

Parodie de procès, en Iran, pour les sept dirigeants baha'is

Par Moojan Momen

Note de l’éditeur : Iran Press Watch est heureux de partager avec ses lecteurs cet éditorial, aussi brillant que bien informé, du Dr Momen et les invite à le commenter ou à proposer leur propre texte sur ce site.

L’Iran est un pays totalitaire. Une prétention à la démocratie et des élections régulières n’ont pas grand sens quand tous les candidats à ces élections doivent être acceptables aux yeux de la direction religieuse du pays et que les lois votées par le parlement doivent être ratifiées par cette même direction. C’est cette direction religieuse, présidée par Khameini, qui contrôle le pays et elle le fait d’une manière totalitaire.
Pour être florissants, les régimes totalitaires ont besoin de créer des menaces extérieures et intérieures dans le but de persuader leur population que les mesures draconiennes prises sont nécessaires, que les libertés sont supprimées pour le bien du peuple et que la situation économique dramatique n'est pas du fait du gouvernement mais des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur. Les gouvernements autoritaires savent que plus leurs mensonges sont énormes plus ils sont convaincants aux yeux des gens. Ils veulent pouvoir décrire la bataille dans laquelle ils sont engagés comme une bataille cosmique contre les forces du mal qui menacent d’engloutir les forces de lumière, ce qui leur permet de peindre leurs ennemis de la manière la plus noire possible. Plus leurs ennemis sont méchants plus ils apparaissent comme des héros. L’économie plonge rapidement dans une situation déplorable (l’immense richesse pétrolière du pays étant aspirée dans les comptes bancaires étrangers des dirigeants religieux) ? La corruption est endémique et l’usage des drogues atteint des niveaux épidémiques ? Les plus pauvres, que le régime avait promis d’aider, se retrouvent encore plus pauvres qu’avant ? Qu’importe ! tout cela peut être balayé si l’on trouve l’ennemi idoine qui détournera l’attention des gens des réalités de leurs propres vies et qui permettra au dictateur de leur faire croire qu’un grave danger les menace.
Depuis la Révolution iranienne de 1979, le gouvernement islamique d’Iran a tenté de décrire les baha'is comme « l’ennemi de l’intérieur ». Le gouvernement prétend que les baha'is sont une des principales forces du mal du pays. Les bahá’ís complotent avec des ennemis extérieurs comme les États-Unis et Israël pour saper le pays. Les baha'is font des choses (généralement non précisées) qui perturbent le pays. Les baha’is essaient de détruire l’islam. Plus le pays plonge dans le désastre économique et plus le gouvernement a besoin d’accentuer la gravité de la menace posée par les baha’is qui expliquerait leur échec économique.
Une parodie de procès
L’une des armes principales d’un régime autoritaire c’est le procès truqué. Staline s’en est servi dans les années trente pour consolider son pouvoir. C’est une manière de montrer que le gouvernement agit et prend des initiatives pour protéger la nation des forces du mal. Avec le juge et l’avocat général déjà contrôlés par le gouvernement, les avocats de la défense rendus impuissants par leur ignorance des accusations et des preuves à charge et à décharge, le résultat est prévisible. Le gouvernement peut alors annoncer à grand renfort de fanfares que le procès s’est déroulé selon la loi du pays et que les accusés ont été déclarés coupables de ce que le gouvernement les accusait, validant ainsi les graves menaces contre la nation annoncées par ce gouvernement.
C’est à une telle parodie de justice que nous allons bientôt assister en Iran. Les sept membres du Conseil directeur des baha’is d’Iran sont emprisonnés depuis plus de neuf mois et on vient juste d’annoncer que leur procès commencera la semaine prochaine. (voir http://www.iranpresswatch.org/2009/02/featuretrial-of-seven-bahai-leaders/). Les accusations sont : espionnage au profit d’Israël, blasphèmes et propagande contre la République islamique. Depuis qu’Ahmadinejad est au pouvoir (2005) il a obstinément poursuivi une campagne systématique anti-baha’ie, avec l’accord de Khameini évidemment puisque rien ne peut se faire sans cet accord.
Cette campagne a consisté, premièrement en une série d’articles dans la presse gouvernementale et à la télévision attaquant les baha’is par de fausses accusations et des documents falsifiés, suggérant de ridicules théories de complots et des « faits » historiques improbables, deuxièmement en un étranglement économique de la communauté baha’ie, expulsant ses membres de leur emploi, fermant leurs commerces, cherchant à les couper de toute vie éducative et culturelle de la nation (en les renvoyant des universités par exemple) et troisièmement en perturbant leur vie quotidienne par des détentions arbitraires et par l’emprisonnement des dirigeants baha’is.
Depuis des années la presse gouvernementale et les médias de l’État répètent à l’envie ces accusations d’espionnage pour Israël, de blasphèmes et de propagande anti-République islamique. Neuf mois n'étaient donc pas nécessaires pour élaborer des preuves et juger ces sept baha’is maintenant. Il est clair que la date du procès est déterminée par d’autres facteurs : des élections prochaines au cours desquelles Ahmadinejab devra défendre ses résultats économiques catastrophiques ; l’attention de la communauté mondiale distraite par la situation financière et d’autres problèmes ; le fait peut-être aussi qu’on dit que Maître Shirin Ebadi, la seule personne qui fut assez courageuse pour se proposer comme avocate pour défendre des baha’is, devrait être à l’étranger. Tous ces facteurs font que le moment paraît bien choisi pour monter un procès parodique.
Les accusations contre les baha'is
En étudiant les accusations on découvre vite qu’elles sont absurdes et portées précisément pour nourrir les préjugés et les peurs de la population iranienne. Elles font le lien entre les baha'is, l'ennemi intérieur, et Israël considéré par le régime comme l'un des deux plus grands ennemis extérieurs. Elles font des bahá'ís les ennemis des Saintes Figures de l'islam chiite alors que le deuil annuel pour la mort de l'Imam Huseïn vient juste de passer. (voir http://www.iranpresswatch.org/2009/01/recalling-imam-husayn-and-his-martyrdom/). Elles donnent des baha'is une image de fauteurs de trouble et de perturbateurs.
L'accusation d'espionner pour Israël est sans doute la plus ridicule de toutes. Les baha'is, sur ordre du gouvernement, sont exclus des postes de fonctionnaires, ils ont été renvoyés de la plupart des entreprises privées, ils n'ont accès à aucun secret militaire ou politique ; quelle information pourraient-ils bien avoir qui intéresserait Israël ? Quel danger ces sept personnes peuvent-elles faire courir à l'État iranien quand, avant d'être expulsées de leur profession par le régime elles étaient : psychologue, entrepreneurs, ingénieur agricole, enseignante, travailleur social et ophtalmologiste ? D'ailleurs, comment des gens qui sont étroitement surveillés par les services secrets iraniens depuis trente ans pourraient-ils communiquer avec Israël ?
L’accusation évoquera sans doute le fait que le Centre mondial baha’i se situe dans la région de Haïfa-Acre, en Israël. Ceci découle cependant d’une évolution historique qui remonte à quatre-vingts ans, antérieure à l’établissement de l’État d’Israël. La responsabilité en incombe justement aux deux plus grands dirigeants musulmans du monde de l’époque, le sultan ottoman et le chah de Perse qui étaient les instigateurs de l’exil du fondateur de la Foi baha’ie à Acre, située alors dans la province de Syrie, partie intégrante de l’empire ottoman, ce qui a conduit à l’établissement du Centre mondial baha’i dans cette région. Si quelqu’un doit être tenu responsable de la présence des baha’is en Israël, c’est bien le gouvernement persan de l’époque. Si le gouvernement iranien était cohérent dans ses accusations, ne devrait-il pas aussi accuser les autorités islamiques responsables du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem d’être des agents israéliens, simplement en raison de la présence de ce site, le troisième lieu le plus sacré du monde musulman, dans ce pays ?
L’accusation de blasphème à l’encontre des Saintes Figures de l’Islam est également une charge ridicule. Dès le début de son histoire, la Foi baha’ie, et avant elle, la Foi babie, ont fait preuve du plus grand respect envers les Saintes Figures de l’Islam. Voila comment Baha’u’llah, fondateur de la Foi baha’ie qualifie le Prophète Muhammad :
« Que la louange et la paix soient sur lui dont la venue a fait rayonner le visage de Bathá et dont le vêtement a répandu la fragrance de ses douces saveurs sur l'humanité tout entière - lui qui est venu pour protéger les hommes de ce qui leur nuirait dans le monde d'ici-bas. Exalté, immensément exalté est son rang au-delà de la glorification de tous les êtres et sanctifié de la louange de la création tout entière. Par sa venue, le tabernacle de la stabilité et de l'ordre fut dressé à travers le monde et l'étendard de la connaissance fut hissé parmi les nations. Que les bénédictions reposent sur sa famille et sur ses compagnons, grâce à qui l'étendard de l'unité et de l'unicité de Dieu fut brandi et les bannières du triomphe céleste furent déployées. Grâce à eux, la religion de Dieu fut fermement établie parmi ses créatures et son nom fut magnifié parmi ses serviteurs. » (Tablettes de Baha’u’llah, p. 171)
En outre, Baha’u’llah se lamente des souffrances de Muhammad en ces termes :
« L'animosité dont il était l'objet crût à un tel point que tous cessèrent d'avoir des relations avec lui et ses compagnons ; car chaque fois qu'il allait visiter un disciple, sa venue était pour ce dernier une cause de persécutions. Je te citerai ici ce verset, qui, si tu en saisissais le sens, te ferait gémir tout le reste de ta vie sur ses persécutions ; il a été révélé à Muhammad au milieu des pires tristesses et des pires tourments, lorsque tout le monde était contre lui. Gabriel, […] lui dit : « L'éloignement des infidèles pour la vérité te pèse ; certes, si tu le pouvais, tu désirerais pratiquer un trou dans la terre, ou tu prendrais une échelle pour monter au ciel ! » (Qur’án 6: 35) Autrement dit, il n'y avait pas moyen pour Muhammad, à moins de se cacher sous terre ou de s'envoler au ciel, d'échapper aux tourments causés par les infidèles ! » (Baha’u’llah, Le Livre de la Certitude, p. 109-110)
Le fils de Baha’u’llah, son successeur, Abdu’l-Baha, a souvent défendu l’islam et vanté les mérites du prophète Muhammad lors de ses voyages en Europe et en Amérique du Nord. À Londres, par exemple, Abdu’l-Baha écrivit ces mots dans un journal chrétien, « The Christian Commonwealth » : « Il en était ainsi avec les nations arabes qui, incultes, furent persécutées par les gouvernements grec et persan. Quand la Lumière de Muhammad jaillit, toute l’Arabie fut inondée de lumière. Ces peuples opprimés et dégradés devinrent si éclairés et si cultivés que les autres nations s'imprégnèrent de la civilisation arabe émanant d’Arabie. Ceci est la preuve de la mission divine de Muhammad. (29 septembre 1911)
Et aujourd’hui, à travers le monde, des millions de chrétiens, juifs, hindous et bouddhistes en sont venus à reconnaître Muhammad en tant que véritable messager divin en raison de leur acceptation de la religion baha’ie. Peut-on accuser ceux qui acceptent l’autorité de tels enseignements, et qui n’ont jamais manifesté de leur vie la moindre contradiction avec ceux-ci, de blasphème contre les Saintes Figures de l’Islam ?
La troisième accusation, celle de propagande contre la République Islamique est à nouveau totalement invraisemblable concernant ces sept personnes en particulier et les baha’is en général. Le but principal de Baha’u’llah est d’apporter l’unité au monde et il a fortement encouragé ses croyants d’éviter tout conflit ou discorde et d’être loyaux au gouvernement en place. Il écrit :
« Dis : Ô peuple, ne semez point les germes de la discorde parmi les hommes et abstenez-vous de toute querelle avec votre voisin, car le Seigneur a remis le monde et ses cités aux soins des rois de la terre et il a fait d'eux des emblèmes de sa propre puissance, en vertu de la souveraineté qu'il lui a plu de leur conférer. Il a refusé de garder pour lui-même aucune part de cette domination du monde. (Baha’u’llah, Florilège d’écrits p. 139) »
Les recommandations aux baha’is sont claires. De la part de Shoghi Effendi, la troisième figure historique de la Foi baha’ie, on lit :
« L’attitude des baha’is doit être à la fois une obéissance complète au gouvernement du pays où ils résident et aucune ingérence que ce soit dans les questions ou affaires politiques. » (Lights of guidance, p. 449)
L’historique est donc limpide : Depuis que Baha’u’llah a annoncé sa mission pour la première fois dans les années 1860, à aucun moment les baha’is n’ont comploté ou fait campagne contre l’ordre public, ni conspiré pour renverser un quelconque gouvernement. Rien n’indique que ces sept accusés aient jamais dévié de ces principes.
Ainsi, les accusations qui sont dirigées contre eux ne sont que des amalgames qui constituent la rhétorique habituelle du gouvernement iranien contre les baha’is. Le gouvernement espère qu’en répétant constamment cette litanie d’accusations, elles seront admises en tant que vérités. La parodie de procès n’est qu’une arme de plus dans la panoplie des régimes totalitaires. Ils peuvent utiliser cette occasion pour répéter et réaffirmer les mensonges déjà propagés auparavant, dans l’espoir qu’ils deviendront des faits établis dans la pensée du peuple. En ayant un contrôle complet des médias ils peuvent publier à souhait n’importe quel mensonge et théorie de conspiration au sujet des baha’is qui n’ont, eux, aucun moyen pour répondre.
Il est à espérer (et des signes encourageants commencent à apparaître) que le peuple iranien saura, en temps voulu, voir à travers le barrage de mensonges et de faits travestis qui leur est constamment présenté concernant la foi baha’ie.
Traduction Fahran Yazdani, Pierre Spierckel
15 février 2009